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Interdiction de communication en langues nationales en milieu scolaire, Un paradoxe dans le système éducatif
Publié le 26 août 2011

La communication en langue nationale dans le milieu scolaire est proscrite par le règlement scolaire béninois. Communément désigné par le terme " usage du vernaculaire ", ce phénomène fait objet de discussion surtout avec le vœu émis par les décideurs politiques, d’introduction des langues nationales dans le programme scolaire.

Mardi 10 Août 2011, il est 12heures 5 minutes. Nous sommes devant le Complexe scolaire Jean Piaget I de Tankpè dans la commune d’Abomey-Calavi. Ecoliers et élèves franchissent le seuil du portail de l’école. C’est la sortie des cours de vacances. Pendant que certains prennent la direction de leurs domiciles, d’autres s’attroupent en de petites foules éparpillées le long de la clôture de l’établissement. C’est le moment de faire de petits débats entre camarades. Ici on discute en français ; à côté, les débats se font en langue ’’Mina’’ et plus loin c’est le ’’Fon’’. Soudain, c’est la réaction de la petite Gisèle, élève en classe de Cours Moyen deuxième année (CM2) qui attire les attentions. " Vous parlez vernaculaire… Je vais vous signaler au maître demain ", s’écria t- elle. Et à Georges Ahoï, l’un de ses camarades qui faisait partie du groupe qui débattait en Mina de répondre : " Il faut le dire au maître. Nous sommes déjà à la fin des classes. " Néanmoins, l’alerte de Gisèle dissuade les différents groupes. Tous les écoliers sont bouleversés et les échanges reprennent, mais plutôt en langue française. Ce sujet qui stresse ces jeunes écoliers constitue un objet de grand débat pour les acteurs du monde scolaire, car les règlements scolaires interdisent de façon formelle, l’usage des langues nationales comme outil de communication dans les classes.

Quel principe pour quel effet ?

Selon plusieurs témoignages, l’interdiction de l’usage du vernaculaire en milieu scolaire, remonte aux débuts de l’école béninoise. " En notre temps, c’est une abomination de parler une langue autre que le français à l’école " raconte Aristide Afouda, instituteur à Godomey. A l’en croire, l’enfreint à ce règlement exposait l’auteur à diverses sanctions. " Mon maître de Cours Elémentaire première année (CE1) avait fait réaliser un collier en coquille d’escargots et d’ossements, appelé ’’signal’’ qu’on mettait au cou de tous ceux qui parlent la langue vernaculaire en classe. De plus, les noms de ceux qui auront la malchance de porter ce collier sont consignés dans un cahier. A la fin de chaque semaine, le maître décide de leur sort ", s’en souvient-il. Selon plusieurs acteurs de l’école en l’occurrence les enseignants, cette mesure qui impose la langue d’étude à l’apprenant, lui permet d’être efficace. " Lorsque l’élève est contraint à parler la langue de travail, cela devient pour lui une routine. Ainsi, il devient incontournable et c’est ce qui conduit à des performances ", renseigne Anastase G. Honvou, instituteur retraité et demeurant à Tori-Bossito. De surcroît, certains parents imposent même la langue française à leurs enfants depuis la maison. " J’ai trois enfants, dont deux au cours primaire et un au secondaire. A la maison, en route pour l’école comme en classe, ils savent qu’ils ne doivent parler que le français. Quand je les entends parler, je suis très fier d’eux, et d’ailleurs, ils ont de bons résultats", déclare Eustache Koto, infirmier à Savè. Dans le rang des élèves, les avis varient selon la rigueur que l’on s’impose à respecter cette règle. " Moi, je parle toujours français, même à la maison. Cela ne me coûte rien et je n’ai jamais été puni par le maître pour cela ", raconte Laurent Ahissou, élève au Complexe scolaire Saint François 1er de Godomey. Quant à l’élève Vivienne Lodonou, elle estime qu’il ne faut pas être esclave du français à tout moment, mais qu’on peut faire l’effort de respecter cette règle en classe.

Le paradoxe en question

Avec le projet d’insertion des langues nationales dans le programme scolaire, ce sujet devient objet de polémique. Selon plusieurs personnes, il est incompréhensible de continuer à interdire l’usage des langues nationales à l’école en même temps que les décideurs politiques ambitionnent introduire l’enseignement de ces langues dans le programme scolaire. " Je ne sais pas comment on peut vouloir d’une chose et de son contraire à la fois. Si les langues nationales peuvent servir à quelque chose dans nos écoles, pourquoi impose t- on alors la langue du colon à nos enfants ?", questionne Alfred Vitoh, couturier et parent d’élèves à Tokan dans la Commune d’Abomey-Calavi. Certains pensent d’ailleurs que le fait de punir les écoliers pour avoir parlé leur langue maternelle constitue un abus. " L’école est en train de nous acculturer. Sinon, je n’admets pas qu’on punisse mon enfant du fait qu’il ait parlé ma langue " déplore Jeannette Sossou,revendeuse au marché Dantokpa. " Mon enfant ne sait même pas compter en Fon…C’est une horreur " poursuit-elle. Par ailleurs, plusieurs organisations syndicales qui fustigent les Approches par Compétences (Apc), actuellement en exécution au Bénin, estiment que ces programmes se déroulent en temps normal, dans la langue maternelle de l’apprenant. Ces opinions dans leur diversité, pleuvent donc de tout côté, laissant un flou dans la mémoire de plusieurs. Il faut plutôt faire un choix.

Grégoire A. DANSOU


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