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MOOCs, entre fantasmes et réalité,
quel impact sur l’éducation en Afrique ? Publié le 17 mai 2019

En Afrique, l’éducation supérieure voit ses effectifs progresser de plus de 8% chaque année. Alors que le continent devrait abriter 20% de la population mondiale d’ici 2040 et que 2/3 des Africains ont moins de 25 ans, le problème de la qualité de l’éducation devrait se poser avec plus d’acuité à un secteur qui rencontre déjà des difficultés en raison, entre autres, de la qualité de son enseignement et de la faiblesse de ses infrastructures. Dans ses efforts pour relever le niveau de son enseignement supérieur, le continent pourrait trouver dans les « cours en ligne ouverts et massifs » (en anglais MOOC), un allié de choix. Néanmoins, à ce jour, cette solution est loin d’être la panacée qui nous est vendue.

Une nouvelle méthode pour révolutionner l’enseignement

Lancés au tournant de l’année 2010, les MOOCs sont les dernier-nés dans la série des solutions destinées à universaliser l’accès à une éducation supérieure. Ils viennent ainsi compléter des concepts comme les OpenCoursesWares ou encore les formations ouvertes à distance (FOAD). Si l’éducation à distance via des terminaux connectés n’est pas en soi une nouveauté, le MOOC a pour lui la particularité d’être ouvert à tous, d’être gratuit et d’offrir un enseignement essentiellement numérique. Sa promesse est de permettre aussi bien aux individus exclus du système de l’enseignement supérieur qu’à ceux qui y appartenaient, d’accéder de façon égalitaire à la connaissance. Le MOOC a pour lui la particularité d’être ouvert à tous, d’être gratuit et d’offrir un enseignement essentiellement numérique. En outre, il a l’avantage de profiter d’un contexte particulier. En effet, en 2015, l’Union internationale des télécommunications estimait à 43% la proportion de la population mondiale qui était connectée à Internet, soit 3,2 milliards d’humains dont 2 milliards en provenance des pays en voie de développement.

Un transfert de connaissance à sens unique.

Si le concept a été accueilli par certains comme la solution aux problèmes de qualité que connaît l’éducation en Afrique, il a été perçu par d’autres comme un transfert de connaissance à sens unique. Ce jugement a été justifié par le fait que l’essentiel des MOOCs a été produit par des établissements d’enseignement supérieur de l’hémisphère nord. Selon le rapport « MOOC Afrique : Analyse des besoins, étude de faisabilité et recommandations » d’aucuns ont été jusqu’à parler de « macdonaldisation » de l’éducation par l’imposition d’un enseignement manufacturé.” Mais qu’ils suscitent la crainte ou l’enthousiasme, les MOOCs laissent rarement indifférent.

Une solution idéale sur papier…

Si les MOOCs ont bénéficié d’un tel effet, c’est parce qu’ils apportaient un début solution à des difficultés que rencontre l’éducation, notamment dans les pays les moins avancés. La massification des effectifs se traduit par la difficulté pour le corps enseignant de gérer les flux d’étudiants, et par un fort taux de redoublement, voire d’abandon. Par ailleurs, la faiblesse de la documentation disponible, réduit la possibilité pour les apprenants d’accéder à un large spectre d’informations dans leur domaines de formation. La pression exercée par les états sur les budgets de l’enseignement supérieur contraint les apprenants à se tourner vers les établissements du secteur privé dont les standards ne sont pas toujours adaptés aux exigence de l’enseignement universitaire. Les MOOCs apparaissent alors comme une solution permettant de réduire drastiquement les coûts liés à l’infrastructure d’apprentissage et les coûts variables de l’éducation supérieure. En outre, ils offrent de la flexibilité dans l’apprentissage en permettant aux étudiants de progresser à leur propre rythme. Ainsi, le rêve de l’enseignement supérieur universel pour tous commençait à prendre forme dans certaines tête. À tel point que l’année 2012 a été considérée comme l’année internationale des MOOCs en raison de l’explosion du phénomène. Ainsi, le rêve de l’enseignement supérieur universel pour tous commençait à prendre forme dans certaines têtes. À tel point que l’année 2012 a été considérée comme l’année internationale des MOOCs en raison de l’explosion du phénomène. Des plateformes comme Coursera ou encore Funmooc se sont imposées comme des références pour ce type de formation.

Mais difficile à mettre en oeuvre dans les faits…

Néanmoins, il faut noter que face à la somme des difficultés des systèmes éducatifs des pays en voie de développement, notamment en Afrique subsaharienne, l’espoir porté par les MOOCs a tôt fait de reculer. Certes, sur des plate-formes comme FunMooc, Camerounais, Ivoiriens, ou encore Algériens figurent parmi les premières nationalités en nombre d’inscriptions. Certes, l’université polytechnique de Lausanne a lancé un MOOC dédié à l’Afrique. Mais force est de constater qu’après presque une dizaine d’années, les MOOCs n’ont pas changé grand chose à l’apprentissage universitaire en Afrique. Et surtout, leur adoption n’a pas été universelle. Selon les experts, le public des MOOCs est essentiellement constitué d’apprenants de l’enseignement supérieur, et de très peu de gens provenant d’autres horizons. En outre, malgré la progression de la pénétration d’internet, l’accès à ces modules de formation n’est pas toujours aisé en raison de difficultés relatives aux faibles capacités de débit et aux coûts des connexions, et même à la disponibilité de l’électricité, entre autres. Si on y ajoute le manque de contextualisation de l’enseignement, la barrière de la langue pour les francophones (la plupart des MOOCs sont en anglais) ou encore les frais nécéssaires à l’obtention du certificat sanctionnant la fin de l’apprentissage, on se retrouve face à une solution moins flexible que celle présentée au départ. De surcroît, il se pose aujourd’hui à cette forme d’enseignement, le problème de la reconnaissance et de la validation par les universités, des acquis obtenus via les MOOCs. L’absence, dans la plupart des cas, d’un cadre formel dans lequel est intégré le MOOC, les difficultés à évaluer de façon fiable les acquis des apprenants via des examens sur table, limitent les possibilités de cet outil.

Les perspectives pour les MOOC

Cependant, aujourd’hui, faut-il conclure que les MOOCs ont échoué et se mettre déjà en quête de la prochaine solution-miracle ? Loin de là. Déjà parce que cette méthode apporte une option à l’enseignement supérieur en Afrique subsaharienne et permet de soulager à la fois les enseignants et les infrastructures. Si le MOOC ne constituera certainement pas une façon totalement autonome d’acquérir de la connaissance, il peut se combiner aujourd’hui aux méthodes classiques pour apporter un plus à l’enseignement universitaire sur le continent.

Ensuite, parce que le MOOC ne peut donner sa pleine mesure que lorsqu’il est intégré dans un cadre qui le lui permet. Ainsi le rapport “Making sense of MOOCs” de l’UNESCO préconise la mise en place de stratégies nationales de l’enseignement supérieur intégrant les MOOCs.

En Afrique, un pays comme le Rwanda s’est récemment doté d’un tel document et a fait un état des lieux des pré-requis nécessaires à la réalisation de ses ambitions via cet outil. Le pays entend dispenser 30% de son enseignement secondaire et 50% de son enseignement supérieur via des formations ouvertes, à distance et en e-learning (ODeL). A l’heure où la pénétration d’internet sur le continent progresse, les pays africains ont désormais la latitude de se ré-approprier le concept et de tailler sur mesure des MOOCs adaptés à leurs besoins.

Ecofin Hebdo


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